"Avec la N-VA, notre campagne en Wallonie est organisée à la flamande et donc ça marche !"
Pour mieux comprendre leurs motivations, La Libre a interrogé des têtes de liste de la N-VA en Wallonie. Pour ces francophones, les nationalistes flamands offrent une vraie solution pour le redressement socio-économique du sud du pays.

- Publié le 18-04-2024 à 06h33

Que cherche un francophone qui s'engage aux côtés des nationalistes flamands ? La Libre a interrogé plusieurs têtes de liste de la N-VA en Wallonie afin de comprendre leur démarche et leur vision du jeu politique et institutionnel belge : le professeur Michel De Wolf (UCLouvain et ULiège), qui se présente dans le Hainaut, et la consultante Laurence Genot, qui se présente à Namur.
Qu'est-ce qui vous a décidé à vous lancer comme têtes de liste pour la N-VA ?
Laurence Genot (L.G.) : J'étais tête de liste à la Région pour les Listes Destexhe en 2019. Je ne faisais plus vraiment de politique mais Drieu Godefridi m'a contactée. J'étais surprise, je ne m'y attendais pas. En prenant la tête de la liste fédérale N-VA à Namur, je reste sur ma ligne politique. Avec Destexhe, on avait la même ligne que la N-VA du côté francophone, même si on ne parlait pas de confédéralisme.
Vous assumez ce projet institutionnel ?
L.G. : Chaque fois que l'on doit faire un gouvernement fédéral, c'est toujours le blocage. Combien de temps faudra-t-il cette fois ? Ça ne va plus. On doit arriver à un consensus en faveur de Régions beaucoup plus fortes. Le fédéral gardera des compétences, mais choisies en concertation avec les entités fédérées.
Michel De Wolf (M.D.W.) : Le bilan des dernières années est plutôt catastrophique : l'immobilisme de la Vivaldi, ces partis qui restent ensemble pour ne presque rien faire au sein du gouvernement fédéral… C'est le point de départ de mon engagement. La N-VA a eu le courage de se présenter en Wallonie ce qui, comme parti nationaliste flamand, l'oblige à tenir un discours cohérent sur l'ensemble du territoire belge. Le discours de la responsabilité budgétaire et fiscale de la N-VA – des matières que j'enseigne -, cela me parle. Une gestion dynamique de l'asile et de l'immigration, cela me parle également.
Les partis francophones vous rebutent-ils ? Le MR défend, sur plusieurs points, le même programme que la N-VA.
L.G. : Je connais le MR, j'en étais membre. En campagne électorale, le MR est au centre-droit, mais dans une coalition, il se laisse aller aux demandes des autres partis. Il n'est pas assez musclé pour se battre et imposer ses idées. Si c'est pour repartir sur une Vivaldi 2, on va rester dans le marasme…
La N-VA est considérée comme de droite libérale-conservatrice. Cette ligne vous convient ?
L.G. : Si on la compare aux partis au niveau européen, elle est au centre-droit. Moi, je suis une libérale, une démocrate. On voit la N-VA comme de la "droite dure" car la Wallonie est à l'extrême gauche ! Tout est relatif.
M.D.W. : Dans les années 80, je me suis présenté sur les listes de l'ancien PSC. Je ne vais pas faire de commentaire sur les autres formations. À nouveau, ce qui me frappe, c'est l'échec de la Vivaldi. Cet échec se voit dans l'évolution de l'impôt des personnes physiques (IPP), par exemple. En 2014, l'IPP représente 11,6 % du PIB. Après la "suédoise", avec Johan Van Overtveldt comme ministre des Finances, on tombe à 10,4 % en 2019. Cette diminution fiscale est gigantesque. En 2023, avec la Vivaldi, selon les derniers chiffres, on remonte à 10,8 %. C'est une augmentation réelle des impôts. La Vivaldi avait inscrit dans son accord de majorité la préparation d'une réforme de l'IPP, mais elle en a été incapable. Le langage des partis de la Vivaldi n'est pas honnête vis-à-vis des électeurs.
Si on compare la N-VA aux partis au niveau européen, elle est au centre-droit."

Le MR dit, en gros, la même chose sur la fiscalité : on est beaucoup trop taxé en Belgique.
L.G. : C'est une réalité. Le MR n'a pas tort. Mais ce qui compte, ce sont les actes. Qu'est-ce que le MR a fait pour baisser les impôts ? Rien. La fiscalité, c'est le grand échec de la Vivaldi. Voilà pourquoi nous soutenons la N-VA. Quel est l'avenir de la classe moyenne wallonne, des indépendants, des pensionnés, des épargnants, si les pouvoirs publics dépensent tout notre argent à des choses néfastes pour l'économie ? Il faut recréer de l'emploi afin de générer des recettes saines pour l'État.
Les Wallons sont-ils prêts à entendre ce discours plus libéral sur le plan économique ? Existe-t-il un potentiel électoral pour une offre politique plus à droite telle que la propose la N-VA ?
M.D.W. : Oui. Il faut faire entendre qu'il existe autre chose que cette espèce de consensus entre partis francophones. Le taux d'emploi en Flandre : 77 % ; le taux d'emploi en Wallonie : 65 %. Pourquoi ? Encore plus saisissant : le taux d'emploi des non-Européens. En Wallonie, c'est 37 % ! En Flandre, 54 %. Et on nous dit que la Wallonie est une terre d'accueil…
Avec les recettes institutionnelles de la N-VA – le "confédéralisme" -, la Région wallonne obtiendrait beaucoup plus de compétences. Le sud du pays sera alors encore plus dominé par les partis dont vous dénoncez le bilan. N'y a-t-il pas là un énorme paradoxe ?
L.G. : On voudrait que la Wallonie prenne conscience de la situation et prenne son destin en main. Avec le confédéralisme, PS, Écolo et PTB se rendront compte que leurs idées ne sont pas viables et devront changer de discours. Moi, en tant que Wallonne, je suis gênée d'être dirigée comme nous le sommes actuellement. Et c'est le cas de beaucoup d'autres Wallons. Souvent, en Belgique, on se cache derrière les bons résultats de l'économie. Mais ces bons résultats sont portés par la Flandre tandis que la Wallonie est à la traîne. À un moment, il faut le dire et avoir un discours de vérité. Je viens d'un milieu socialiste, mes parents étaient ouvriers. À leur époque et à celle de mes grands-parents, les socialistes ont fait beaucoup de bonnes choses. Mais on n'est plus du tout dans la même situation : on est dans l'assistanat plein pot.
M.D.W. : L'actualité autour du décret Paysage est très significative : on peut rester dans le système d'enseignement ad vitam aeternam… Dans l'un de mes cours à l'université, l'un de mes étudiants a échoué treize fois à l'examen. Treize fois ! Il y a quelque chose de heurtant dans la culture ambiante.
Drieu Godefridi est le visage de la N-VA en Wallonie. Son discours a été récemment assimilé à l'extrême droite par un politologue. Est-ce que cela vous inquiète ?
L.G. : Je ne pense pas qu'il puisse être associé à l'extrême droite, sinon je ne serais pas là. Il n'est pas question que je m'associe à l'extrême droite. Vous savez, il y a beaucoup de préjugés qui circulent. Moi, lorsque j'étais au MR, on me comparait à Marine Le Pen… J'étais un peu plus à droite que le MR, mais je n'ai aucune ressemblance intellectuelle avec elle.
M.D.W. : Je ne connais pas Drieu Godefridi. Je ne l'ai rencontré qu'une fois. J'imagine que la N-VA – qui est très soucieuse d'éviter toute confusion avec l'extrême droite – ne l'aurait pas présenté comme tête de liste s'il y avait eu un doute.

La démarche de la N-VA en Wallonie est-elle sérieuse ou est-ce juste un coup de communication ?
L.G. : La N-VA ne crée pas une branche wallonne pour nous laisser nous débrouiller dans notre coin ensuite. Le parti est derrière nous. Franchement, c'est très sérieux. Je sens la différence avec mon expérience passée au MR où l'organisation était mauvaise. Et avec Destexhe, on avait tout fait à l'arrache en finançant nous-mêmes notre campagne. Avec la N-VA, notre campagne en Wallonie est organisée à la flamande et donc ça marche !
Avec la N-VA, notre campagne est organisée à la flamande et donc ça marche !"
Vous aurez des sièges à la Chambre ? Drieu Godefridi rêve d'obtenir cinq députés mais cela s'annonce compliqué…
M.D.W : Si on fait cinq sièges à la Chambre, on pourra même former un groupe parlementaire supplémentaire au groupe actuel de la N-VA. La Wallonie a vraiment besoin de la N-VA qui est, en effet, la "Nouvelle et Véritable Alternative". Qu'un parti de cette taille et de cette force fasse un tel pari, c'est du jamais vu. Si l'économie wallonne se redresse, cela pourrait aussi apaiser les tensions communautaires. Le confédéralisme permettra à la Wallonie de maintenir les choix différents qu'elle voudrait poser par rapport à ceux de la Flandre, sans que celle-ci ne puisse encore les reprocher à la Wallonie.
Si on fait cinq sièges à la Chambre, on pourra même former un groupe parlementaire supplémentaire au groupe actuel de la N-VA."
Anne-Laure Mouligneaux, le bon soldat de la N-VA
Anne-Laure Mouligneaux, est un cas particulier. La porte-parole francophone de Bart De Wever depuis 2014 donne un coup de main à son parti en tirant la liste dans le Luxembourg. Ancienne élue locale N-VA à Grimbergen (Brabant flamand), elle n'a pas réellement de liens avec la circonscription dans laquelle elle représentera les nationalistes flamands. Mais peu importe. "Sur le fait que je sois tête de liste dans le Luxembourg : la N-VA voulait être présente partout. Il est vrai que dans cette province, c'était plus compliqué pour développer un ancrage politique." Anne-Laure Mouligneaux, à la demande de son parti, va donc assumer ce rôle délicat, en bon soldat. Elle connaît très bien les dossiers fédéraux puisqu'elle a été la directrice de la communication de Jan Jambon, ancien vice-Premier ministre N-VA et ministre de l'Intérieur à l'époque du gouvernement Michel.
