Les bourgmestres Engagés, à rebours de Maxime Prévot, s'opposent à toute fusion des zones de police à Bruxelles: "Nous sommes très inquiets"
Les quatre bourgmestres Engagés bruxellois s'opposent fermement à toute volonté flamande de fusionner les zones de police, les communes ou les CPAS, alors que Maxime Prévot, leur président national, s'est dit ouvert à une possible fusion des zones de police.

- Publié le 17-01-2025 à 06h34

Si la capitale continue de tourner tant bien que mal, après sept mois sans gouvernement bruxellois de plein exercice, elle le doit en partie aux mandataires locaux, qui s'activent dans les 19 communes de la capitale.
Les quatre bourgmestres Engagés de la capitale (Benoît Cerexhe à Woluwe-Saint-Pierre, Claire Vandevivere à Jette, Christian Lamouline à Berchem-Sainte-Agathe, et Jean-Paul Van Laethem à Ganshoren), ont toutefois décidé de monter au créneau, ensemble, pour tirer la sonnette d'alarme.
"Nous sommes très inquiets de ce qui ressort des discussions en cours au niveau fédéral, mais aussi de la super note institutionnelle régionale bruxelloise, qui préconise la fusion des zones de police, des CPAS et des communes. Nous sommes résolument opposés à cela !", tonne Benoît Cerexhe (Les Engagés), bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre "On ne dit pas cela pas parce que nous serions des petits barons assis sur leur pouvoir communal. Mais parce que ces positions, prises par des personnes comme Georges-Louis Bouchez, relèvent d'une forme de fantasme de la rationalisation, comme si la sécurité allait s'améliorer en éloignant la police du citoyen. Les seules études réalisées sur la question pointent justement le fait que ces fusions n'iraient pas dans le sens d'une plus grande efficacité."
Ce message semblait assez bien partagé, mardi matin, en conférence des bourgmestres bruxellois. Mercredi, Olivier Maingain, bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, a lui aussi pris position dans un communiqué pour s'opposer à la fusion des zones de police.
Les bourgmestres pas d'accord avec Maxime Prévot
Cette vision institutionnelle, visiblement, n'a pas encore descendu l'axe E411. Mardi matin sur BX1, Maxime Prévot, président des Engagés, s'est déclaré "plus ouvert à la fusion des polices pour l'opérationnel, pour l'optimisation des zones ". Il estime "surprenant" le "statu quo derrière lequel certains campent".
"Visiblement, notre message n'est pas suffisamment bien passé auprès des négociateurs", constate Claire Vandevivere, bourgmestre de Jette.
"Parfois, les négociateurs qui se trouvent autour de la table n'ont pas une connaissance aussi fine des zones de police bruxelloises, ou de l'efficacité des communes, que les bourgmestres bruxellois", regrette Benoît Cerexhe.
"La réforme des zones de police ne repose sur aucune analyse objective. Et elle ne répond pas au problème fondamental, qui est le sous-financement des zones de police. Notre zone de police (Bruxelles Ouest) est la 5e du pays en termes de population, mais elle est la 57e au niveau du financement (Ndlr : ramené au financement par habitant). Le financement fédéral n'est pas équitable pour Bruxelles. Il faut revoir la norme KUL (Ndlr : norme de financement de la police fédérale)", relève Christian Lamouline, bourgmestre de Berchem-Sainte-Aghate.
"Nous voulons aussi souligner l'ambivalence des voix qui nous parlent de rationalisation, des transferts de compétences vers la Région bruxelloise, tout en nous discréditant…", reprend la bourgmestre de Jette. "Mais nous ne sommes pas opposés à toute réforme. Si on fusionne chaque commune avec son CPAS, ce serait déjà un pas énorme."
"Les francophones doivent se mobiliser pour défendre Bruxelles"
Rappelons que les 19 communes bruxelloises, lors de la création de la Région bruxelloise à la fin des années 80, avaient été pensées comme une base arrière, pour pouvoir quand même administrer la capitale en cas de blocage communautaire.
Pour Benoît Cerexhe, cet héritage doit être préservé. "Les francophones doivent se mobiliser pour défendre Bruxelles, et résister aux visées institutionnelles de la N-VA, et des partis flamands en général. La fusion des zones de police n'est que la première étape. Ces fusions permettraient surtout aux partis flamands de renforcer leur pouvoir à Bruxelles via la Région, où ils sont mieux représentés que dans les communes."
Pour Jean-Paul Van Laethem, bourgmestre de Ganshoren, les prises de position néerlandophones constituent un leurre. "Le sujet principal, c'est la crise financière de la Région, qui fait face à un déficit budgétaire de 14 milliards d'euros. Et les fusions des zones de police ou des communes ne répondront pas à cette problématique."
"Je suis d'ailleurs surpris que, dans la note des partis néerlandophones, on ne trouve rien sur la réforme de l'administration régionale", conclut Christian Lamouline, bourgmestre de Berchem-Sainte-Aghate. Depuis la dernière réforme de l'état, il y a un émiettement des services régionaux, avec la création de nouveaux organes qui deviennent des états dans l'état. Combien de personnes travaillent pour Parking. brussels, Urban, ou Actiris ? Ces organes régionaux ont été créés pour mieux faire fonctionner Bruxelles, mais je n'ai pas l'impression que ce soit le cas. La région a arrosé une série d'organismes, dont on devrait aujourd'hui analyser l'efficience, mais cela, on n'en parle pas…"