Le 'coliving' en pleine expansion à Bruxelles : "Les jeunes veulent vivre en ville, pas en banlieue"
Reportage dans un "coliving" "eco-friendly", à Saint-Gilles.

- Publié le 05-06-2022 à 17h57
- Mis à jour le 07-06-2022 à 14h58

Les façades de ces maisons de maître de plusieurs étages ne laissent rien entrevoir, excepté la dizaine, parfois plus, de noms qui jouxtent la sonnette. La presse régionale s'est fait l'écho, encore cette semaine, des plaintes de riverains irrités par des voisins trop festifs, en certains quartiers.
Le tableau se révèle très différent dans les trois espaces coliving qu'abrite la rue des Bataves, à Etterbeek. "Allez… Les gens aiment se plaindre. Ces jeunes ne posent pas problème. Ils dérangent une ou deux fois par an quand ils font la fête. Ce sont des jeunes travailleurs, pas des étudiants", indique un voisin, habitant le quartier depuis 35 ans.
"Il faut mettre des règles autour du coliving. Il y a tellement d'acteurs sur le marché qui font n'importe quoi que tout le monde est pointé du doigt", assure Camille Navarro, gestionnaire de communautés pour Cohabs. Cette société de coliving - l'une des plus importantes - gère des biens à Ixelles, Saint-Gilles, Etterbeek, Uccle et Saint-Josse, mais aussi à Paris et, depuis peu à New York.
"Plus cher mais plus confortable"
Cette jeune Franco-Espagnole habite elle-même un coliving, à Etterbeek. "Nous avons 40 maisons ouvertes à Bruxelles, mais un problème avec seulement deux d'entre elles. Nous avons le numéro de tous nos voisins, on se parle et on fait de la médiation", insiste Camille Navarro. Elle résume le concept. "Aucun des jeunes qui viennent vivre à Bruxelles n'a envie d'habiter en banlieue. Ils veulent être en ville. Mais il n'y a pas beaucoup d'offres sympas et relativement bon marché dans les quartiers visés."
Chez Cohabs, les expatriés représentent 80 % de la clientèle.
C'est à peu près la proportion qu'on retrouve dans un coliving de 14 chambres, chaussée de Charleroi, au cœur du quartier un brin bobo de Ma Campagne (Saint-Gilles).
L'intérieur, qui se veut eco-friendly, a été rénové en matériaux durables. Le résultat est assez engageant. La pièce de vie a des allures d'auberge de jeunesse haut de gamme et chaleureuse. Elle donne sur un spacieux jardin de ville, lumineux et propret. "Je suis arrivé en Belgique en 2019, avant le Covid. Je ne connaissais personne à Bruxelles et rien à la ville", raconte Valentin, un Londonien de 24 ans. "Je cherchais un endroit où vivre avec d'autres personnes, pour me faire un réseau de connaissances. J'ai vécu dans un autre coliving à Bruxelles avant de venir ici. Il y avait des Français, des Italiens, de Néerlandais, des Brésiliens, des Kazakhs. Ici, nous sommes tous de jeunes travailleurs et quelques-uns sont en stage de fin d'étude. C'est plus cher, oui, mais l'avantage du concept est que les logements sont plus confortables, plus designs qu'une colocation classique."
Il est 10 heures, l'espace commun de vie est calme, bien rangé. Ici, on échange en français, en espagnol, mais l'anglais fait figure de lingua franca. Les colocataires ont entre 24 et 38 ans. Ils soupent parfois ensemble. "Nous avons commandé tout un temps des Hello fresh que nous cuisinions ensemble", se souvient Valentin. "On ne force personne à sociabiliser, mais c'est tout de même encouragé. La journée, les gens travaillent dans leur entreprise ou dans leur chambre. C'est facile de bosser d'ici. Il y a un peu plus de monde au souper."
Entre 740 et 1 000 € la chambre
Chacun dispose de son casier dans la cuisine. Le papier toilette et le produit vaisselle sont fournis. Le ménage est réalisé chaque semaine. Des petits-déjeuners communs sont offerts une fois par mois. Le loyer varie entre 740 et 1 000 euros, selon la chambre. "Ça peut monter plus haut dans nos colivings du Châtelain, prévus pour des couples", prévient Camille Navarro.
"La localisation est idéale ici. Je ne connaissais rien à Bruxelles. On m'a recommandé Saint-Gilles, car on est dans les bars et dans le centre en 5 minutes, mais cela reste calme", embraye Miguel, 25 ans, ingénieur nucléaire espagnol, originaire d'Estrémadure. "C'est mon premier travail. Je suis à Bruxelles pour six mois, mais j'envisage de rester plus longtemps. Ici, on fait des barbecues ensemble quand il fait beau. Mais on n'est plus du tout dans l'esprit d'un logement étudiant où on fait la fête tous les jours. D'ailleurs, regardez comme c'est propre. Ici, chacun est respectueux et fait sa vaisselle."