"J'ai vendu ma maison pour venir ici. Je ne le regrette pas: je suis au paradis"
Six des 95 résidents de l'écovillage de Pincemaille, situé à Binche, ont accepté de raconter pourquoi ils ont décidé de changer de vie. Dans la forêt, ils ont créé une communauté qui s'agrandit d'année en année.
- Publié le 07-08-2025 à 12h12
- Mis à jour le 07-08-2025 à 16h06

Les raisons de leur arrivée au sein de l'écovillage de Pincemaille sont diverses et variées. Mais les six personnes que La Libre a pu rencontrer au cœur de la forêt se rejoignent sur un point : le besoin de mener une autre vie, dans une communauté où l'entraide et le partage priment sur tout le reste.
Lise (41 ans), la lutte pour le droit au logement

Il y a dix ans, Lise habitait en Angleterre, au sein d'une colocation, qui louait la maison via une coopérative. Déjà à l'époque, elle militait pour une autre vision de l'accès au logement. "C'était un lieu très militant, où on refusait le système de propriété traditionnel". En 2023, elle arrive aux portes de l'écovillage de Pincemaille, où elle retrouvera cette lutte pour le droit au logement. "On a sauté sur l'occasion sans trop savoir où on se lançait", confie-t-elle. Depuis, la parcelle de terrain qu'elle occupe avec son compagnon a bien évolué : un espace de vie dans leur yourte, et une roulotte pour accueillir ses clients dans le cadre de son activité de praticienne de shiatsu. "Revenir à l'essentiel me fait du bien. J'adore vivre proche de la nature", glisse celle qui est ingénieure forestière de formation, et possède un doctorat en biologie fondamentale. "À Pincemaille, c'est la première fois que j'ai l'occasion d'exercer le métier pour lequel j'ai été formée", s'amuse Lise.
Alice (33 ans), se bouger contre l'écoanxiété

Alice fait partie des premiers membres de l'écovillage. Après plusieurs recherches de lieux similaires pour s'établir en France, elle tombe sur la communauté de Pincemaille, "qui coche toutes les cases" selon ses dires. "J'avais besoin de mon chez moi, sans obligation de vie sociale permanente". Tout comme Lise, elle apprécie l'idée que "l'argent qu'on donne tous les mois, ce n'est pas de l'argent qui va dans les poches d'un propriétaire. Le loyer que je paye ici s'apparente un peu à ma taxe communale, sauf que cet argent va dans un projet qui me parle, celui de l'écovillage". Le réchauffement de la planète inquiète Alice. Elle cherche à s'en détacher, pour mieux avancer. "Je crois vraiment dans la fin de la société telle qu'on la connaît. On nous rabache les oreilles avec des permis de construire, mais le système va s'écrouler avant qu'on ne les obtienne. Toutes ces règles, tous ces papiers, toutes ces lois... Je trouve ça tellement futile, alors qu'il y a tant de choses à sauver".
Ludivine (52 ans), se bat contre la sclérose en plaques

Avant, Ludivine travaillait dans l'enseignement spécialisé. Et puis, en 2019, on lui diagnostique une sclérose en plaques. "C'est là que j'ai décidé de me consacrer à moi et à ma vie. J'ai donc vendu ma maison pour venir ici. Et je ne le regrette pas : je suis au paradis. Cet endroit m'apporte vraiment le calme dont j'ai besoin, loin du bruit de la foule. On crée beaucoup de liens avec nos voisins, qui sont aussi devenus des amis. Jardiner m'apporte du bien-être. C'est une renaissance pour moi d'être ici, et de vivre d'une autre manière".
Anaïs (22 ans) et Pierre (69 ans), la nature comme remède

À l'âge de 17 ans, Anaïs est priée de quitter le domicile familial. "On m'a mis à la porte, et la famille de mon conjoint, qui est arrivée à Pincemaille en 1999, a bien voulu m'accueillir. Avant d'arriver ici, je n'avais jamais eu de contact avec la nature. Quel changement par rapport à la ville... Ici, c'est beaucoup plus calme et apaisant. Avant, je m'énervais très souvent. Maintenant, je suis beaucoup plus posée. Je ne suis plus la même personne", raconte la jeune femme, qui s'est déplacée jusqu'à la yourte de Pierre pour raconter son histoire. Originaire de Bruxelles, l'homme de 69 ans est tombé amoureux de la nature lors des "trips de survie" qu'il a réalisés dans sa jeunesse, au coeur de la jungle de Guyane. "Lors de ces vingt-deux années d'aventures, j'ai vécu des choses extrêmement puissantes, et ressenti des émotions intenses". Ce que l'écovillage lui apporte au quotidien ? "De la quiétude, le plaisir du contact permanent avec la nature, une vie au rythme des saisons, que l'on ressent davantage en extérieur". Pierre ne regrette absolument pas d'avoir quitté la capitale. "On se disait moins bonjour, je connaissais à peine mes voisins. Ici, on se côtoie régulièrement".
Julien (27 ans), le dernier arrivé

Julien, c'est le petit dernier de la bande. Employé dans la boîte d'éco-construction Ecoway, il est en plein aménagement de sa tiny house lorsque nous le rencontrons. "Lors de mes études d'ingénieur, nous avons regardé des conférences scientifiques, notamment sur l'effondrement des ressources en pétrole. Et ça m'a mis une grosse claque. Je ne savais plus quoi faire dans la vie parce que, pour moi, tout allait péter dans une dizaine d'années. Et puis je me suis intéressé à l'autonomie alimentaire et énergétique, ce qui m'a permis de découvrir l'habitat léger. Avant de suivre quelques formations dans la construction écologique". Et de pouvoir construire sa propre maison, au sein du domaine de Pincemaille, donc.
