Pourquoi l'Union européenne tarde à finaliser son plan climat 2040
Attendu pour le printemps, le plan climat de l'Union européenne pour 2040 tarde à éclore.
- Publié le 26-06-2025 à 13h42
- Mis à jour le 26-06-2025 à 16h07

Pourquoi la Commission européenne n'a pas encore dévoilé les contours de son plan climat à l'horizon 2040 ? Initialement, l'exécutif s'était engagé à le faire au printemps 2025. Nous voilà en été, mais toujours pas de trace de la feuille de route aux abords du Berlaymont, le bâtiment qui abrite la Commission. "Les préparatifs sont en cours. Nous ne pouvons pas fournir plus de détails sur son contenu pour le moment", précise une porte-parole, ajoutant que l'objectif climatique pour 2040 sera présenté à la presse le 2 juillet.
Off the record, un observateur proche du dossier avance une hypothèse pour expliquer ce retard. "La Commission a peut-être préféré ne pas communiquer lors de la présidence tournante de la Pologne (à qui le Danemark succédera le 1er juillet prochain, NdlR), qui en plus était traversée par une élection présidentielle".
Comment expliquer le retard de la Commission européenne ?
Du côté des trois groupes politiques qui ont répondu à nos sollicitations, chacun y va de son propre avis. "Cela illustre, une fois de plus, la manière dont la Commission européenne et les forces politiques conservatrices et eurosceptiques cèdent aux lobbies, au détriment des rapports et alertes scientifiques et demandes de la société civile et des citoyens européens dont 89% veulent une action forte de nos dirigeants", explique Saskia Bricmont, eurodéputée au sein du groupe des Verts.
Du côté du groupe de la Gauche (GUE), le son de cloche est similaire. "Nous avons une Commission européenne qui est très à droite, et pas vraiment enthousiaste de suivre les conseils et recommandations du comité consultatif scientifique indépendant. Ils essaient également de trouver toutes les façons possibles de proposer un objectif qui semble correspondre au seuil des avis scientifiques, mais qui contient une charge de "flexibilités" qui l'affaiblissent en substance".
Enfin, le Parti populaire européen (PPE), plus grand groupe qui compose l'assemblée, duquel fait partie la présidente de la Commission Ursula Von der Leyen, n'a pas souhaité apporter de réponse au retard pris par l'objectif climatique pour 2040.
La neutralité climatique en ligne de mire
L'objectif 2040 doit permettre de faire la passerelle entre deux moments-clé pour l'Union européenne : -55% d'émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, et la neutralité climatique (-100% d'émissions de GES) à l'horizon 2050. En février 2024, la Commission avait levé un coin du voile sur son tableau de charges climatique à réaliser en 2040. Se basant sur l'avis du Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique et sur les engagements pris lors de l'Accord de Paris, l'Union européenne avait alors annoncé vouloir réduire ses émissions de GES de 90% par rapport à 1990. "Je ne crois pas que l'objectif en lui-même sera revu à la baisse, reprend notre source anonyme. Par contre, il faudra être attentif aux modalités qui permettront de l'atteindre". Certaines sources craignent que l'exécutif mise massivement sur les crédits carbone, qui permettent aux entreprises d'échanger leurs quotas d'émission de gaz à effet de serre sur le marché. Le risque étant que la Commission Von der Leyen II, à la manière de ce qu'elle a fait avec le Green Deal, maintienne l'objectif 2040 tout en assouplissant sa mise en oeuvre afin de satisfaire le monde industriel.
Quel rôle pour l'Union ?
Si l'Union européenne procrastine, c'est peut-être aussi parce qu'elle se sait scrutée à l'international. Le retrait affirmé des Etats-Unis de la scène climatique mondiale laisse une place de choix vacante, que les Vingt-Sept peuvent prendre, en s'affirmant (ou non) comme leaders de la cause climatique.
"L'Accord de Paris contraint l'Union européenne, ainsi que les autres Etats qui l'ont signé, à présenter des objectifs climatiques plus ambitieux tous les cinq ans", rappelle Tom Delreux (UCLouvain), spécialiste de la politique climatique européenne. Mais les Vingt-Sept ont raté la deadline de février fixée par l'ONU, et doivent maintenant envoyer leur engagement climatique pour la COP30 d'ici septembre. "Il y a clairement un lien entre l'objectif que l'Union européenne doit prendre en interne, et celui qu'elle doit prendre au niveau international", glisse Tom Delreux.
Les attentes des groupes politiques
Qu'attendent les différents groupes politiques qui siègent au Parlement européen de l'objectif climatique intermédiaire de 2040 ?
"Nous pensons qu'il est essentiel de trouver un équilibre entre l'action climatique et la compétitivité de l'économie européenne, affirme le Parti populaire européen. Nous voulons éviter la surréglementation, réduire les obstacles bureaucratiques et donner à l'industrie et au marché la flexibilité nécessaire pour innover et trouver les meilleures solutions, tout en maintenant des objectifs climatiques ambitieux. Nous préférons ne pas mettre en place un cadre rigide susceptible d'étouffer l'innovation, mais plutôt permettre une approche plus adaptative".
Les Verts, par la voix de la Belge Saskia Bricmont, se montrent inflexibles quant à l'objectif annoncé de réduction des émissions de GES de 90 % d'ici 2040. "Les recommandations des scientifiques et le dérèglement climatique ne se négocient pas Or on constate déjà, sans que les objectifs n'aient changé, des reculs législatifs et la suppression d'aides publiques, y compris en Belgique. Conservateurs et extrême droite multiplient les attaques contre les politiques climatiques et environnementales suivant un agenda populiste, surfant sur les peurs que suscitent le dérèglement climatique et ses conséquences".
Quant au groupe de la Gauche : "Nous avons besoin de réductions d'émissions profondes, rapides et durables dans tous les secteurs, avec une approche pratique qui ne laisse pas simplement le destin de l'humanité au rythme du marché".
Plus de détails début juillet
Début juillet, l'exécutif européen devrait donc présenter une proposition visant à modifier la loi climat de 2021, étape nécessaire pour que l'objectif qui sera choisi pour 2040 acquiert force de loi. Mais le sujet pourrait bien s'inviter dans les discussions autour de la compétitivité qui se déroulent ce jeudi, selon un diplomate européen.
