Il existe une solution écologique et économique, encore peu connue, pour se rafraîchir quand il fait très chaud : "Je sens vraiment la différence"
Encore peu connu du grand public, le ventilateur de plafond peut incarner une alternative au traditionnel climatiseur pour rafraîchir l'air intérieur d'une pièce. Il serait moins cher, moins énergivore et donc plus écologique.
- Publié le 08-08-2025 à 13h04
- Mis à jour le 22-06-2026 à 16h38

Romain habite à Ixelles, dans un appartement blanc qui se trouve au troisième étage d'un immeuble. Les jours de canicule, il peut faire étouffant dans son logement. Pour le rafraîchir, il a installé des ventilateurs de plafond (ou brasseurs d'air) à l'intérieur. "C'est fantastique, je sens vraiment la différence par rapport au climatiseur portable que j'avais avant, et qui faisait beaucoup de bruit", glisse le jeune homme. Télécommande en main, il allume l'un de ses ventilateurs de plafond. "Il y a six vitesses de rotation différentes, mais je n'utilise que les plus basses, qui sont largement suffisantes". Romain a découvert les brasseurs d'air lorsqu'il vivait dans les pays tropicaux, sujets aux fortes chaleurs, où leur usage est logiquement plus répandu. "Un ventilateur de plafond consomme beaucoup moins d'électricité, ce qui a un impact positif tant sur la facture que sur le climat".
Ce type de ventilateur, encore peu connu du grand public, commence à garnir les rayons des magasins de bricolage. Généralement munis de trois pales, ils peuvent se composer de différentes matières, et sont disponibles dans une multitude de designs. "Un brasseur d'air consomme 25 à 40 fois moins d'électricité qu'une clim, pour un service rendu qui peut être comparable. C'est une solution low-tech, pleine de bon sens, qu'il faut découvrir ou redécouvrir", déclare Robert Célaire, ingénieur bioclimaticien et ancien maître de conférences en école d'architecture, au média français Reporterre. "Le brasseur d'air permet un rafraîchissement en agissant non pas sur la température du thermomètre, mais sur la température effectivement ressentie par l'individu", explique encore celui qui est le coauteur d'un guide sur le sujet.

Pas encore populaire en Belgique
D'après l'Association française des professionnels du ventilateur de plafond (AFPVP), 2,5 % des foyers français sont équipés de brasseurs d'air. En Belgique, les chiffres et tendances quant à leur présence, dans l'espace privé comme dans l'espace public, manquent encore.
"Peu énergivores, les ventilateurs qui brassent l'air d'une pièce ne permettent cependant pas d'apporter de l'air neuf, de le filtrer et de gérer la température, l'humidité et la qualité de l'air des locaux (taux de CO2, de particules et autres polluants). D'autres équipements doivent donc être prévu pour remplir ces fonctions"
Au sud du pays, des primes sont disponibles pour l'installation ou le remplacement d'un système de ventilation lors de travaux de rénovation. Mais elles n'incluent pas les ventilateurs de plafond. Ces équipements pourraient-ils un jour être installés dans les bâtiments publics, qui consomment beaucoup d'énergie ? D'après le Service Public de Wallonie, ce n'est pas à l'ordre du jour. "Aussi bien dans les bâtiments résidentiels que non-résidentiels, il existe une norme de ventilation hygiénique avec des débits minimums en fonction du type de pièce et de sa surface", explique sobrement l'administration wallonne.
Ventilateur de plafond ou climatiseur ?
Ventilateur de plafond ou climatiseur : que privilégier ? Les avis divergent. "Un ventilateur déplace l'air, tandis qu'un climatiseur abaisse la température de l'air (sur base du principe d'un réfrigérateur ou à l'aide de l'évaporation de l'eau pour les climatiseurs adiabatiques). Il s'agit de technologies différentes qui ne donnent pas un même résultat au niveau du confort thermique", explique Bruxelles Environnement. "Peu énergivores, les ventilateurs qui brassent l'air d'une pièce ne permettent cependant pas d'apporter de l'air neuf, de le filtrer et de gérer la température, l'humidité et la qualité de l'air des locaux (taux de CO2, de particules et autres polluants). D'autres équipements doivent donc être prévu pour remplir ces fonctions", mentionne encore l'administration bruxelloise.
Selon Flourentzos Flourentzou, ingénieur en énergétique, directeur associé et membre fondateur de la société Estia, active dans l'optimisation de la ventilation naturelle des bâtiments, le ventilateur de plafond reste la meilleure option. "Installer un climatiseur pour refroidir l'air intérieur n'est pas nécessaire dans les pays d'Europe centrale. On le fait par facilité et par habitude, mais ça coûte beaucoup d'argent. Et c'est très difficile de réguler la température. Alors qu'un ventilateur de plafond permet des températures ressenties plus basses de quatre degrés, à moindre coût".
Jacques Claessens, professeur émérite d'architecture à l'UCLouvain, n'est pas du même avis. "L'électricité consommée par le ventilateur de plafond se transforme en chaleur dans la pièce, qui va donc chauffer. Notre corps aura effectivement une sensation de fraîcheur bienvenue, mais la température de la pièce ne baissera pas pour autant". Selon lui, installer un climatiseur reste la meilleure option. "Certes, cela demande un apport important en électricité. Mais ça tombe bien, puisqu'en été on en a à profusion grâce aux panneaux photovoltaïques. Et puis, en hiver, le climatiseur peut devenir une pompe à chaleur, qui souffle de l'air chaud cette fois".
"Un ventilateur de plafond permet des températures ressenties plus basses de quatre degrés"
Éviter la surchauffe
Avant de ventiler une pièce, il est important de limiter au maximum la chaleur qui peut la gagner. Pour cela, plusieurs stratégies existent, selon Flourentzos Flourentzou. "Il faut d'abord comprendre que ce n'est pas la température le problème, mais bien les rayons du soleil, qu'il faut filtrer au maximum. Ensuite, il faut pouvoir ventiler. Si on a un ventilateur de plafond, c'est le luxe. Limiter au maximum la présence de vitres aide également à refroidir sa maison, tout comme installer des masses thermiques, qui permettront de stocker de la fraîcheur à l'intérieur".
"La meilleure façon de refroidir, résume Jacques Claessens, c'est de ne pas créer la surchauffe. Dans un bâtiment, la chaleur provient essentiellement des fenêtres. Ce qui passe par les murs est négligeable, surtout s'ils sont isolés correctement. Et puis, il faut installer des doubles vitrages, qui laissent moins passer la chaleur. Ensuite, profiter de la nuit pour aérer l'intérieur. Cela permet d'entamer la journée, le matin suivant, avec un réservoir de fraîcheur". La ventilation nocturne ne peut s'opérer, selon le spécialiste d'architecture, que si la maison est inerte. Autrement dit, cela dépend de sa capacité à emmagasiner et à restituer la chaleur de manière progressive. Avec plus d'inertie, une maison mettra plus de temps à se réchauffer en été.
